En 1984, j'étais pas très riche, j'étais même plutôt pauvre et je n'avais pas trop les moyens de "partir en vacances" alors pour le mois d'août, j'avais acheté un coupon 4/5 de carte orange (ce qui correspond aux 4/6 actuelles moins les anciennes 7/8) avec l'idée de vadrouilller en Ile de France tout le mois. Idée assez originale à l'époque. Récit du premier jour de "vadrouille" et d'"errance" (texte original avec quelques coupes inutiles) :
Ma. 1.8.1984.
Et GO . Je suis parti. Pour la gare de Juvisy. Hier, il pleuvait et j'avais gardé mon caban alors qu'en ce premier août, le temps s'annonçait magnifique.
(...)
Je gagne Juvisy par l'avenue Jean Jaurès.
Geste symbolique du ticket dans le mandala des zones oranges cocentriques (je fais un peu comme Julio et Carol dans "Les autonautes de la cosmoroute". Là, ça serait plutôt le cosmofer du chemin de naute).
Versaill(es)-Chantiers, ne vous déplaise. Départ : 8h53. J'ai vingt minutes à attendre. 12 francs, le ticket normal.
Habits de cérémonie : chemise mauve pantalon de velours marron gilet gris caban bleu baskets pas très blanches.
Ça y est, c'est parti. Mon voyage imaginaire commence. Il y a comme une espèce de jubilation dans tout mon corps (un peu comme si je faisais une bonne blague).
Pas grand-monde dans le train. Dans un coin, une tondue noire très Salomé (celle d'"Une étrande affaire" avait-elle un rapport avec celle de Nietzsche ?).
Un peu plus loin, une petite Rose avec sa mère me regardait. Est-ce parce que je suis beau ou que j'ai l'air bizarre ?
Vauboyen-Jouy, vérifier s'il y a des promenades à faire.
Paysage de campagne comme si j'étais à mille lieues de Paris. Impression d'aller très loin (l'important, c'est d'avoir des ersatz d'impressions qui détruisent les réflexes pavloviens. En fait, je vis littéralemnt un départ en vacances. Juste le départ, le début du film, si l'on veut. Et j'imagine la suite même si ce n'est qu'onirisme. Je peux très bien imaginer que... non, C'EST un départ en vacances, pour la Bretagne, par exemple.
Arrivée Versailles-Chantier vers 9h35. Un direct Plaisir-Grignon à 9h39. (C'est le train de Dreux). (11 F 50 le ticket normal).
Une routarde de Dijon (une petite en rouge qui me rappelle M-C ou l'espagnole de Bergen).
J'arrive à Plaisir vers dix heures.
Je note les horaires pour Dreux.
(...)
Je demande au guichet le prix d'un ticket pour Dreux : 25 F. Sors de la gare. Consulte un plan. Trois noms plutôt curieux : Brigitte / Villiers / Danièle. Je prends la rue de la gare.
Gag noir : un panneau "Attention prudence. CES : 900 élèves". J'imagine le lendemain : 900 barré avec au-dessus 899.
J'arrive au parc du Château de Plaisir sous un beau soleil. Ciel ! Il y a des photos à faire et je n'ai pas emmené mon appareil-photo. Un plan d'eau et le château au loin. C'est un Sceaux en miniature (j'exagère un peu ?). C'est un parc classique, annonce un panonceau. Faudra que je trouve de la doc. Ils veulent faire "un espace aquatique". Dans un champ, les vaches blanches et noires broutent. Odeurs de fermes. Un roquet-vache à sa mémére m'aboie dessus. Je vais jusqu'à la roselière entourée de peupleraies. (...) Le château est en pleine rénovation. Je sors du parc au moment où les cloches sonnent pour la seconde fois onze heures. J'entre dans l'église juste à coté mais rien ne m'y attache.
Je reviens par la rue Jules Verne.
Centre Commercial Brigitte. (...)
Une petite erreur de trajectoire me fait rater le train pour Mantes de deux minutes. Le prochain est à 13h09. Tant pis ou mieux, je mangerai ici en attendant.
Je vais faire mes courses au CC Brigitte (les bâtiments de la résidence ont des balcons en forme de coquetiers). Préfère acheter du jambon et des pêches plutôt que d'aller à la cafétéria.
La baguette est passée à 2 F 55.
Je retourne vers le parc du château. Je m'imagine être un joueur de flute en mangeant les bords de ma baguette pour y glisser ma tranche de jambon.
Rue René Bazin, j'aperçois un Christ que je n'avais pas vu tout à l'heure.
J'arrive à l'église. Midi et demie sonne.
Dans le parc, une jeune femme vient s'asseoir contre un arbre pour lire. Ça me rappelle l'ambiance du téléfilm 'Les Capricieux". Je casse la croûte au bord de l'eau sur un banc en face du chateau. Il faudra à tout prix que je revienne prendre des photos et faire les bois environnants (notamment celui de Sainte-Apolline).
Ah ! Si j'étais peintre...
Une demoiselle. Un poisson-sauteur. Il y a même des chevaux pas loin. Calme.
Je repars vers la gare. Il y a des phénomènes à Plaisir (genre Gilbert le serveur dans "Anthracite"). Le temps se grise mais ce sera de courte durée.
Oh ! Joie enfantine ! Le train pour Mantes est une micheline.
(12 F 80, le ticket normal).
Place n°55. "Le petit tortillard s'en va dans la campagne". Noter les noms de tous les petits villages aux noms étranges : BEYNES - MAREIL SUR MAULDRE - MAULE - NEZEL AULNAY - EPONE-MEZIERES. C'est moins africain que "pontocombo" mais c'est dépaysant.
Vue sur la Seine avant d'arriver à Mantes-Station. Une grosse en jean à l'air sympa est montée et raconte ses histoires à un bonhomme. Elle descend aussi à la station de Mantes-Station. Treize heures quarante environ. Le train pour Conflans et Argenteuil est à 13h52. Je demande le prix du ticket pour Conflans au guichetier : 19 F !
Une petite teenageuse pin-up attend le train, un walk-man sur les oreilles. Chemise bleue à carreaux, pantalon blanc (elle a un cul qui s'affaisse un peu), cheveux bruns bouclés, joues rosissantes.
Après le départ, le train change de voie avec un va et vient d'aiguillages.
Traversée de la Seine. Ciel ! Il y a une cathédrale à Mantes-La-Jolie (je suis vraiment un ignare) !
Mais après, le paysage devient moche malgré le nom des patelins toujours aussi pittoresques (sauf pour ceux qui habitent la région, évidemment. Pour un type de Pontoise, Athis-Mons peut paraître pittoresque) : LIMAY - ISSOU PORCHEVILLE - GARGENVILLE. Ça s'arrange après JUZIERS (où j'ai vu un beau clocher) car on est sur une hauteur. Il y a un château entre THUN LE PARADIS et VAUX SUR SEINE. On retrouve la Seine en contrebas. ANDREZY CHANTELOUP : plein de gens montent. Une jeune vieille fille pas maquillée jaunâtre / rosâtre en face de moi s'arrange les cheveux devant son miroir. Courte discussion pour fermer un peu la fenêtre. Un papillon de nuit prisonnier au bord de la vitre. CONFLANS PONT-EIFFEL, nouvelle traversée de la Seine (mes connaissances géographiques sont nulles, c'est l'Oise qui vient se jeter dans la Seine). J'arrive à Conflans-Sainte-Honorine vers trois heures moins vingt. Le train qui repart (pour moi) vers Mantes est à 15h41. J'ai une heure devant moi. Mon intuition me pousse à descendre pour rejoindre le fleuve.
Parc Municipal. Des escaliers. Un parc rempli d'enfants. Vue superbe en plongée vers la Seine. Il y a des photos à faire.
Plein d'enfants se baignent dans une pataugeoire.
Je repars du parc un peu au hasard. Tombe sur une espèce de château en hauteur (c'est une maison de retraite). Hourra ! Un plan. Je file vers la Seine. La rue de la Fosse du Moulin est en fait un escalier sympathique. M'asseois à la barre d'un petit embarcadère pour écrire. Des péniches accouplées le long du Quai de Baillon (?). "René" (je pense à Chateaubriand), " Navarre", "Emile" (cette fois, c'est Rousseau), "Franca".
Faudra que je revienne à Conflans plus longuement. Là, c'est juste une approche ; en une journée, j'ai pratiquement amorti ma carte orange :
(12 + 11.50 + 12.80 + 19 + 6.30) * 2 = 123 F 20
Passage Gauthier. Rue Chapelier.
Pour attendre le train, je vais acheter un esquimau à la vanille à la boulangerie de la gare.
Le train se coupe en deux : Pontoise et Mantes. Je demande aux dames en face de moi si cette partie va bien à Mantes. Oui. Mais l'émigré à mes cotés découvre grace à ma question qu'il s'est planté, il se précipite en queue.
La dame la plus jeune n'est pas rassurée de passer sur le pont. Elle bavarde mais je ne sais pas si c'est à la dame plus agée, à moi... ou à elle-même.
Une courte discussion avec cette dernière pour fermer les rideaux. Soleil.
Entre TRIEL SUR SEINE et Vaux, un controleur tout droit sorti de la Bible. Barbu comme c'est pas possible.
Sur le retour, la fatigue ramène l'ennui. Je regarde moins.
Attente à Mantes-Station, raté celui de 16h17. Attends 33. N'arrive pas. Pas très bien compris. Celui de 43 ne s'arrête pas. J'aurais dû aller à Mantes-La-Jolie.
La prochaine micheline n'est qu'à 17h31.
Ça m'oblige à me promener dans Mantes et c'est pas plus mal. Suis allé jusqu'à l'ïle aux Dames. Tombé sur la cathédrale qu'il faudra que je prenne en photo du pont.
(...)
Fait tomber ma montre sans gravité. Retourne à la gare un peu fatigué. Attente. Des trains arrivent mais vont à Poissy. 17h31 : ouf ! C'est bien une micheline.
Mes yeux se ferment sur le paysage.
Plaisir-Grignon. Nouvelle attente. Un enfant lit des histoires droles à sa mère : une marmaille, des marmots.
Une jeune noire veut aller à VILLEPREUX-LES-CLAYES. Oui, c'est bien ce train-là.18h24.
Train à deux étages. Me mets au dessus pour dominer... le paysage. Des controleurs absolument pas bibliques avant Villepreux.
Un court tour dans Versailles pour repérer sur un plan où est le Château.
Trouvé un horaire Paris-Dreux.
(...)
18h15
Arrive à Juvisy un peu avant huit heures.
J'ai décidé d'aller manger à Evry. C'est ce qu'il y a de mieux à faire pour mes jambes.
J'apprends en lisant le journal du type d'en face que Delcourt, le nageur français a gagné une médaille d'argent aux Jeux. Quel ignare suis-je devenu !
Evry-Courcouronnes. Une dame me demande devant le composteur si c'est là qu'il faut composter.
Cafét'. Ça a changé depuis le dernier coup. Des petites barrières. On se sert soi-même des légumes. Le grill a changé de place.
La caissière me rend d'abord 25c puis se ravise et me donne le compte juste 35c.
(...)
Je mange rapidos. Toilettes.
Pensais avoir un train à 07 mais raté, il doit être à 37. Décidémént, c'est la journée. Si, si ! Il arrive à 21h11, J'ai le temps de manger une pêche sur un banc du quai de la gare.
Juvisy.
Odeur des arbres dans l'avenue Jean Jaurès. Suis rentré à pied pour aller jeter un oeil au ciné en plein air au parc d'Avaucourt. Le film n'était pas commencé. Comme je n'avais pas très envie de le regarder vu ma fatigue et que je n'ai pas osé demander ce que c'était, je suis rentré (...)
Bu quatre ou cinq verres d'eau avec des glaçons.
Me suis lavé les pieds.
Bien dormi.